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James


Auteur: Percival Everett;

Pages: 303;

"There were those slaves who claimed a distinction between good masters and cruel masters. Most of us considered such to be distinction without difference".

"A man who refused to own slaves but was not opposed to others owning slaves was still a slaver, to my thinking."
White people try to tell us that everything will be just fine when we go to heaven. My question is, Will they be there? If so, I might make other arrangements.


James, un roman couronné du prestigieux prix Pullizer, est conçu comme la narration des évènements décrits dans Les aventures de Huckleberry Finn par Mark Twain, mais cette fois le narrateur est l'autre héros de cette aventure, nommément le noir Jim.


En bref, Jim apprend qu'il sera incessamment vendu dans New Orléans, loin de la petite ville où il menait sa vie, et donc par conséquence il sera séparé à jamais de sa famille - sa femme et sa fillette qu'il aimait éperdument. Pour échapper à ce sort il s'évade de chez ses maîtres dans le but d'atteindre un des Etats libres, y trouver un travail et gagner assez d'argent pour pouvoir racheter sa famille.


Sur sa route il trouve Huckleberry Finn qui s'était échappé à son tour pour ne pas tomber entre les poings de son ivrogne vagabond de père et ils continuent le chemin ensemble, se perdant et se retrouvant par des moments, partageant leurs bons moments et leurs souffrances. Après un bon bout de temps, Jim confesse à Huck que ce dernier était son fils qu'il n'avait jamais pu revendiquer puisque sa mère avait été une femme Blanche - chose qui aurait entraîné la peine de mort pour l'esclave si la relation avait été ébruitée.


J'ai lu des comptes-rendus de ce livre par des gens qui appréciaient que c'était un roman humoristique - je n'ai pas senti ceci. D'autres ont vanté ou au contraire on critiqué les aventures vécues par Jim et Huck - oui, c'est un roman d'aventures et on peut le lire dans cette clef. D'autres ont critiqué le style d'écriture: trop de dialogues, pas assez de descriptions ou de méditations - cette fois, étant à ma première lecture, j'ai fait plus d'attention aux idees, au message, et pas à la présentation. Certes, je reviendrai le relire, une fois que tout sera bien décanté et sédimenté dans ma tête.


Jusque là j'ai seulement des fragments de pensées, beaucoup de citations et un sentiment de trop-plein, comme après The silence of the girls.



Le camouflage pour auto-protection


Jim avait eu des opportunités pour passer des moments dans la bibliothèque du Juge Thatcher (le père de Becky Thatcher, vous la rappelez-vous?). Il en a profité, il avait appris à lire et à écrire tout seul - Jim était intelligent et est devenu instruit. La nuit, à la fin de leur pénibles journées de labeur, Jim enseignait aux autres esclaves à lire, il leur enseignait la grammaire, des mots soutenus, il leur parlait des idées de liberté et de dignité, enfin, il les éduquait à se regarder eux-mêmes comme des personnes et non pas comme des objets.

Then I was in Judge Thatcher’s library, a place where I had spent many afternoons while he was out at work or hunting ducks. I could see books in front of me. I had read them secretly, but this time, in this fever dream, I was able to read without fear of being discovered. I had wondered every time I sneaked in there what white people would do to a slave who had learned how to read. What would they do to a slave who had taught the other slaves to read? What would they do to a slave who knew what a hypotenuse was, what irony meant, how retribution was spelled?

Il leur enseignait aussi comment dissimuler tout cela en parlant aux Blancs en leur jargon de nègres et en observant une apparence soumise et ignorante. Il leurs apprenait la grammaire "correctement incorrecte" destinée aux oreilles des Blancs, tout en guardant la communication normale pour leurs échanges privées.

Lizzie cleared her throat. “Miss Watson, dat sum conebread lak I neva before et.” “Try ‘dat be,’ ” I said. “That would be the correct incorrect grammar.” “Dat be sum of conebread lak neva I et,” she said. “Very good,” I said.
The children said together, “And the better they feel, the safer we are.” “February, translate that.” “Da mo’ betta dey feels, da mo’ safer we be.” “Nice.”

A quelques reprises Jim s'oublie et parle en bon Anglais et ses interlocuteurs n'arrivent pas à le comprendre, tellement le préjugé était profond.

“Why you talking so funny?” “Whatchu be meanin’?” I was panicking inside. “You were talkin’—I don’t know—you didn’t sound like no slave.” “How do a slave sound?” He stared at me. “I only knows one way to talk, Huck. Naw you got me scared. What you mean, I sounds funny?” “You don’t now, but I could have sworn you did.” “How ’bout naw, Huck? How does I sound naw?” “You sound okay now.” “Lawdy, that’s good.” Huck cut me another suspicious look.
“Folks be funny lak dat. Dey takes the lies dey want and throws away the truths dat scares ’em.”

La force du mot écrit


A un point sur son chemin Jim entre en possession d'un crayon qu'un autre esclave avait volé pour lui (et qui sera tué à cause de cela). A partir de ce moment, Jim commence à noter ce qui lui arrive, ses pensées, ses aspirations. Il commence à se définir lui-même.

"With my pencil, I wrote myself into being. I wrote myself to here."
"You can write". It was not a question or an accusation, more a discovery, perhaps a call to duty. "I can write", I said. "Then you had best write". "I will", I said.


Une âme à l'intérieur d'un objet


"I forget that you feel things jest like I feel."
"I had stood and listened to this transaction and never once was I asked for either opinion or desire. I was the horse that I was, just an animal, just property, nothing but a thing, but apparently I was a horse, a thing, that could sing."
"We knew that she, I, all of us, were forever naked in the world."


Etre un Noir parmi des Blancs


Jim est acheté par une troupe de chanteurs Blancs qui peignaient leurs visages en noir afin de passer pour des Noirs sur scène. A leur insu, un des membres était un mulâtre à peau très claire, donc pour ses collègues il était un Blanc, tandis que lui, dans son for intérieur s'identifiait comme un Noir.

There we were, twelve of us, marching down the main street that separated the free side of town from the slave side, ten white men in blackface, one black man passing for white and painted black, and me, a light-brown black man painted black in such a way as to appear like a white man trying to pass for black.
It pained me to think that without a white person with me, without a white-looking face, I could not travel safely through the light of the world, but was relegated to the dense woods. Without someone white to claim me as property, there was no justification for my presence, perhaps for my existence.

Regagner sa dignité d'être humain


Passer du diminutif Jim (qu'on donne d'habitude aux petits enfants) au nom intégral James (réservé aux adultes) n'est pas juste un changement de nom, mais aussi un pas évolutif de la chose opprimée à l'homme accompli, doué de raison, d'âme et de fierté.

"Any of you named Nigger Jim?" I pointed to each of us. "Sadie, Lizzie, Morris, Buck." "And who are you?" "I am James." "James what?" "Just James."

Et pour finir, ma propre remarque, aussi bête qu'elle soit: depuis l'enfence, quand j'ai lu Tom Sawyer et puis Huckleberry Finn et aussi Tom Sawyer abroad, j'ai eu cette image, que Jim était un gamin du même âge que Tom et Huck, seulement plus débrouillard et versé dans les choses pratiques due à son statut d'esclave. J'ai été ébahie d'apprendre, dans James, que Jim était au fait un adulte.

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